• Chapitre 12 - Libre!

    Le 5 avril 4728 – quinze heures et trente-quatre minutes.

    La porte s'ouvre. Elle entend son grincement depuis le bout du couloir, où se trouve sa cellule. Ils viennent la chercher. Elle le sait, dans un éclair de lucidité que lui accorde la fièvre qu'elle se traîne depuis plusieurs mois. Les médicaments ne suffisent plus et ne la font pas baisser. Elle sait que ce qu'il lui faut c'est du soleil et Erwann. Mais quand elle a demandé la lumière du jour, les robots ont cru a une tentative d'évasion et depuis, elle n'a plus que les rations nécessaires à sa survie...

    Du calme, pense-t-elle, du calme. Ne pleure pas. Jamais. Montre leur comment ça meurt, une humaine. Ne pleure pas. Reste digne. Tu vas leur montrer un peu !

    Les portes claquent. Des jurons retentissent, les pas sont trop bruyants, des blagues résonnent. Soudain la grille de sa cellule s'ouvre. Une femme entre en trombe, colle une lampe-ventouse au plafond, qui éclaire la pièce d'une lumière jaunâtre. Elle sort des cisailles et coupent les fers qui encerclent les poignets et les chevilles d'Annah, désinfecte ses plaies purulentes en marmonnant pour elle-même.

    « -C'est dégueulasse, vraiment, dégueulasse, beurk beurk beurk. C'est immonde, immone, aaaah ça suinte du pus c'est pas joli. Non mais je te dis pas les conditions d'hygiène là-dedans, c'est une horreur. (puis à Annah) Moi c'est Hiéronyme, mais tout le monde m'appelle Ronne. Tu veux de l'eau ?

    -Oui, s'il vous plaît... »

    La femme lui tend une gourde :

    « -Tiens, bois tant que tu veux. T'auras droit à un bout de pain ensuite... le temps que je termine avec tes chevilles. Non mais c'est une horreur... T'as vu comment ça suinte ? Un mois de plus et t'aurais eu la gangrène, il aurait fallu t'amputer. T'as bu ? Bon, tiens, mange. Passe moi ton poignet, t'as pas besoin de tes deux mains pour manger. Beurk... Bon où est-ce que j'ai foutu ma bande, moi ? (elle sort un rouleau blanc cassé et des compresses désinfectantes de sa poche revolver) ça fera l'affaire. »

    Hiéronyme parle en continu pendant qu'elle bande les poignets de Annah.

    Un garçon passe la tête dans l'entrebaîllement, ses boucles dansent dans un courant d'air.

    « -Ronne, grouille ! Ah ! Mais c'est Annah ! Y'a Erwann qui est parti dans les égouts, tu le reverras bientôt. Tu peux marcher ? (puis, se trounant vers le couloir) Le premier qui dit à Erwann qu'on a retrouvé Annah, je jure que je le bouffe ! Je veux trop voir la gueule qu'il va faire ! »

    Annah se lève en chancelant, ses jambes ne la portent presque plus. Soutenue par Ronne et le garçon roux, elle se hâte vers la porte, ses chevilles bandées se plient mal, mais elle court presque. Elle sort...

    Elle est sortie ! L'air lui fouette le visage. Ils enfilent un dédale de couloirs avec d'autres prisonniers, dont les membres de son escouade, comme elle le remarque avec satisfaction. Une porte ouverte dessine son ouverture blanche. Ils rejoignent encore d'autres gens sur une immense esplanade...

    La lumière du soleil ! Après ça, plus jamais elle ne retournera dans les prisons. Plutôt mourir ! Malgré la fièvre, elle rit à gorge déployée et crie avec les autres humains. Elle lâche Ronne et se met à danser sur la place, légère, légère, sans prendre garde à ses chiffons de vêtements qui la couvrent à peine. La femme la rattrape et lui tend un pyjama bleu passé. Annah l'enfile avec reconnaissance après s'être débarrassée de ses haillons crasseux et renversé un baquet d'eau sur la tête, se frottant avec une savonnette jusqu'à ce que sa peau devienne rose vif. Elle est encore mouillée, ses cheveux lui dégoulinent dans le dos. Ils ont pâli avec l'enfermement, ils sont gris très clair, presque blancs. Mais ils tiennent encore. Le tissus colle à ses membres maigres et mouillés. Mais le Soleil aura tôt fait de la sécher... Elle regarde autour d'elle, les embrassades, l'émotion, la joie des retrouvailles. Les gens qui s'aident à se laver, à se rhabiller normalement. Dans la liesse générale, personne ne remarque les robots qui s'enfuient tous vers le même endroit. Elle étreint Hiéronyme, fort, pendant une bonne minute, et se remet à danser au milieu des gens sur le sol mouillé. En fait elle ne danse pas vraiment, elle tourne sur ses pieds nus en agitant les bras sans jamais décoller du sol...


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