• Et toi, pourquoi dois-tu mourir?

    Voici une nouvelle que j'ai retrouvée dans une des pochettes où je range mes dessins. Elle fait un seul A4, donc elle est extrêmement courte... J'aimerais bien l'illustrer, mais je n'ai pas de dessin adéquat pour l'instant (je verrai cette épineuse question dans un futur proche)... Bonne lecture!

    Alors que le Soleil rougeoyait à peine derrière les collines, l'homme regardait expirer les derniers rayons qu'enverrait sur lui l'étoile... Il sentait que la Mort approchait. Un frisson le secoua.

       Arriva alors une brume liquide, qui effaça les dernières exhalations lumineuses de l'astre moribond. Elle se répandait telle une maladie, noyant tout sous ses volutes blanchâtres. Les arbres qu'elle traversait craquaient et émettaient d'horribles plaintes. L'homme entendit distinctement glouglouter ce brouillard d'un blanc sale, lorsque ce dernier descendit les pentes du vallon où il avait établi son campement.

       L'homme était calme, il savait que la brume fétide n'était qu'un des signes avant coureurs de l'arrivée de la Mort, qu'il attendait. Que ce brouillard vivant ne lui ferait rien. La brume l'enveloppa de ses mille doigts de fumée, dans une étreinte dont il ne ressortirait pas. Il se trouvait au cœur du brouillard. Il ne voyait ni le sol, ni le sac où il avait laissé le paiement que recevrait la Mort quand elle l'emmènerait. Il resta debout, tranquille et refusant d'écouter l'instinct qui le poussait à fuir à toutes jambes.

       Il entendit en même temps qu'il le vit le cavalier. La silhouette sombre de ce personnage se détachait sur la brume, comme si elle était posée sur le décor dans le champ de vision de l'homme.

       La Mort approcha, et il put distinguer les deux lumières fantomatiques de ses yeux sous la large capuche de son grand manteau noir. Le cheval qu'elle montait était squelettique, ses os ne semblaient tenir ensemble que grâce à la peau qui les enveloppait. La Mort s'arrêta devant l'homme.

       « -Et toi, pourquoi dois-tu mourir ? »

       La voix de la Mort, beaucoup plus que sa question, le dérangea. Elle avait une voix poussiéreuse, venue du fond des siècles, et pourtant aussi cristalline que le son d'une rivière. Une voix multiple, la voix des forêts, de la mer, du ciel, de la montagne, et pourtant la voix unique de la poussière à laquelle chacun retourne.

       L'homme ne répondit pas. La Mort, alors, continua :

       « -Tu ne sais pas, hein ? Ce n'est pas grave. Prends ma main. »

       Elle lui tendit sa main blanche à la peau usée et craquelée comme un parchemin. Il la prit. On entendit alors la Mort partir au grand galop.

       Quand le Soleil se leva sur le matin suivant et dissipa la brume, l'homme avait disparu.


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