• Part 10 - T'aurais pas un calecif?

    [5 avril 4728 – 15:34]
    « -Qu'est-ce que tu veux, Alpha, et pourquoi dans les égouts ? Et c'est quoi cette jambe super bizarre que t'as, là ?
    -C'est une greffe de jambe de robot rapidement effectuée par notre comparse, qui a fêté ses 102 ans, Annina, peux-tu approcher s'il te plaît ?
    -C'est ce p'tit bout d'chou, le premier robot si redoutable ? Elle est trop choupi ! Elle ressemble à...
    -Erwann, tu te fais du mal, là.
    -Je... je sais.
    -Bref, ce que je voulais, c'est que tu trimbales la petiote.
    -Mais je... »
    Alpha se pencha alors sur l'enfant et lui murmura quelques mots : « -Chut, c'est un prétexte. S'il découvre qu'Annah est en vie, il risque de péter une durite monumentale, et on n'a pas besoin de ça. Ce qu'on doit faire, c'est éliminer les anciens. Genre, vite. On te pose dans un coin, tu règles ta mise à jour qui tue, et pouf ! Tous les autres redeviendront comme je suis maintenant.
    -D'accord, alors, accorda Annina. J'ai pas tout compris, puisque je suis étrangère à la plupart des notions que tu emploies, mais je ferai de mon mieux avec la mise à jour. »
    Erwann regardait son ami d'un air soupçonneux.
    « -Tu mijotes quoi, là ?
    -Rien de bien spécial, petit fr... euh, vieux.
    -Oh, ok. Je suppose que je comprendrai plus tard.
    -Moui. Voilà. »

    Après avoir caché Annina le temps qu'elle déconnecte les anciens, Erwann et Alpha coururent sur la grande place. Alpha pria tous les dieux qu'il connaissait pour que le petit ne pète pas trop de plombs et qu'il ait la présence d'esprit d'attendre un petit moment avant de piquer une crise de nerfs.
    Alpha sourit d'un air sournois en arrivant sur la place. Et la petite unité de cinq soldat surgit des égouts, grossie d'une cinquantaine de prisonniers bien humains. Erwann parcourut anxieusement mais sans espoirs leur flot rugissant de cris de joies et de larmes. Alpha soupira de soulagement quand il constata qu'Erwann n'avait pas vu Annah. Et pesta intérieurement quand il s'aperçut qu'Annah, elle, avait bien vu Erwann. Il agita les bras en faisant des grimaces, oubliant le masque blanc ; criant silencieusement : non, Annah ! Non ! Pas tout de suite ! La jeune humaine l'observa, dubitative, puis hocha la tête, leva les pouces et s'éloigna.
    « -Alpha, qu'est-ce que tu foutais à sautiller en agitant les bras comme ça ? Tu as pété un boulon ?
    -Hinhin très trèèèès rigolo. Non, je te protégeais d'un genre de danger.
    -Lequel ?
    -Une grosse crise de nerfs, et c'est pas le moment.
    -Ah. »

    Et les robots arrivèrent en rangs serrés. L'un d'eux s'avança :
    « -Nous avons ordre d'éliminer tous les contrevenants. Et toi, 75466_879446, tu es la honte de notre civilisation. Humains, rentrez dans vos cellules et 75466_879446, tu es prié de me suivre sans opposer de résistance.
    -''Sans opposer de résistance'', on me l'avait encore jamais faite celle-là. Elle est bonne.
    -Mais qu'est-ce qui te fait rire, espèce de couillon ! jura Erwann.
    -Attends un peu, mon petit père, ça va être vraiment rigolo.
    -Comment ça ?
    -Tu vas voir, ils vont vivre la même chose que moi. »
    Les robots se regardaient, sceptiques.
    « -Vous en faites pas, ça fait juste un peu mal à la tête. »
    On entendit un genre de bruit d'explosion, assourdis par des mètres de cloisons blindées. Tous les robots hurlèrent en se tenant la tête. Alpha  se retourna, puis enleva alors tranquillement le masque blanc, le support qui maintenait les fils, les plaques, puis il dit à Erwann :
    « -Mec, par tous les saints, je me suis jamais senti aussi bien, mais c'est tout de même un peu gênant. T'aurais pas un calecif ?
    -Mais Alpha qu'est-ce que tu racontes ? Tu n'as jamais eu besoin de calecif !
    -M'appelle pas Alpha, je t'en prie, petit.
    -Petit ?! Mais tu... Ooooooh, cette voix ! Alpha, qu'est-ce que...?!
    -Mon nom à moi, c'est même pas Alpha. C'est Marcus. Oh, au fait, c'est à Annah que je faisais des signes de bras, pour pas que tu la voies, histoire de te prendre tous les chocs dans la tronche en même temps. Je me suis dit qu'une seule crise de pétage de plombs valait mieux que deux. Mais, sérieux, t'as vraiment pas de calecif sur toi ? »
    Erwann, abasourdi, lui tendit celui qu'il avait toujours dans sa poche sans jamais l'avoir dit à personne.
    « -Comment tu savais que j'en avais un sur...
    -EEEHHHH ESPECE DE SALOPARD ! C'est un des miens ! Qu'est-ce que tu fous avec ça ?!
    -... moi. »
    Marcus alias Alpha enfila alors le caleçon d'Erwann. Et se retourna. Et tira la langue.
    « -Petit fouineur, va ! Enfin, pour le coup, t'as assuré comme un chef. »
    La voix nasillarde et mécanique d'Alpha était devenue grave et profonde.
    « -Par contre, va falloir t'habituer aux oreilles, parce que je peux plus trop les enlever. »
    Il remua ses grandes oreilles félines et métalliques, semblables à celles d'un chat. Et tout le monde se moqua d'Erwann quand il se mit à pleurer comme un bébé et se jeta dans les bras de son frère.
    « -J... je croyais qu.. que t'étais m... mort ! T-tu, ooooooh, je vais te tuer !
    -Et moi aussi tu vas me tuer parce que je suis censée être morte ?
    -Nom de Zeus, Annah, qu'est-ce que tu... ?! »
    C'en fut trop pour le pauvre Erwann qui tomba sur ses fesses, droit comme un I. Pendant ce temps, tous les pseudo robots gisaient à terre. Les humains se dirigèrent vers eux et ôtèrent leurs masques et leurs casques...

    Partie 11 et fin