• Part 5 - Sans cette fichue jambe, sans cette fichue prison

    [5 avril 4728 – 15:08]
    « -Aaaah PUTAIN fait CHIER !
    -Un, non... Deux ! Deux gros mots, deux monnaies ! Aboule le fric !
    -Mais... On s'en fout de dire des gros mots. Alpha répond plus. Alpha, réponds, nom de Zeus, sans toi on est dans la merde ! Chierie !
    -Wow, la boîte à gros mots va éclater. Non, vraiment, ça craint, on ferait mieux de rapatrier les troupes de suite, ça risque de chauffer pour eux, sans Alpha...
    -Un peu que ça va chauffer pour eux, les pauvres ! Sans cet enfoiré, aucune infiltration possible, et le plan tombe à l'eau ! En plus....
    -L'enfoiré t'entend, monsieur-j'enrichis-les-fonds-nationaux-avec-ma-vulgarité ! Tiens toi, espèce d'insomniaque, ou sinon ça va barder à mon retour !
    -Ne me refais jamais ça, j'ai eu peur pour toi ! Pourquoi tu répondais plus, nom de Zeus ?
    -Ben, c'est une longue histoire. Dès que je te croise, je te la raconte. Sinon, tu vas rigoler : il me manque une jambe, ma couverture est grillée et en plus, pour ne rien gâcher, ma plaque de devant va se viander d'une façon totalement royale dans un futur très proche. C'est pourquoi je propose qu'on passe au plan B, puis que le plan A comme Alpha-est-un-crétin-trop-sûr-de-lui a eu disons quelques dysfonctionnements...
    -Comment ça ? Je croyais que ça nécessitait une aide intérieure ? C'était pas ce qu'on avait dit, ce qu'on avait dit, c'était...
    -Oui, je sais, qu'on laggerait les anciens, puis dire la vérité aux autres et, enfin bon laisse tomber tout ça, j'ai retrouvé le Premier Robot ! »
    Effectivement. C'était une longue histoire...

    *
    *   *

    [date inconnue – heure inconnue]
    Il fait très froid dans les cellules des robots. Peut-être parce qu'ils n'ont pas besoin de chaleur. Mais il fait trop froid pour des prisonniers humains. Les fers humides qui rouillent et frottent sur la peau nue blessent et font souffrir les humains. Jeunes, vieux, quelle importance ? Ils mourront tous ici. Ils ont déjà fait les prélèvement sur elle. Elle aussi, elle va...
    Ce sera bientôt. Elle finira comme les autres. Avant, ils étaient quatre dans la cellule. Il n'y a plus qu'elle, maintenant. Elle finira comme les autres, une créature sans âme, sans cœur, sans sentiments. Et sans cervelle. Un programme. Et rien d'autre.

    *
    *   *

    [5 avril 4728 – 15:05]
    Alpha venait de griller sa couverture à cause d'un code qu'il était censé connaître et qu'il ne connaissait pas. Il était passé in extremis sous une porte coulissante en pleine fermeture qui avait quand même sectionné sa jambe au niveau du genou. Il tourna ses grandes oreilles pointues pour savoir si quelqu'un approchait. Aucun bruit. Il pesta mentalement contre cette fichue porte et contre cette fichue jambe.
    C'est alors qu'il l'entendit. Une voix de petite fille humaine, comme diffusée par un haut-parleur et entrecoupée de quelques parasites, et résonnant d'un léger accent mélancolique.
    « -Coucou ! Tu as besoin d'aide ? demanda la propriétaire de la voix en sautant à cloche-pied jusqu'au robot estropié.
    -Ce ne serait pas de refus, tu n'aurais pas une jambe à me prêter par hasard ? Promis, je te la rends après, j'en ai besoin juste un peu.
    -Je crains de ne pas avoir de jambe supplémentaire.
    -Ah. C'est fâcheux. Dans ce cas, j'ai un problème, et pas un petit.
    -Oh. Mais c'est toi qui veux infiltrer la ville, apprendre aux robots les secrets de leur confection... Détrôner les anciens ?
    -Et restaurer l'harmonie entre humains et robots.
    -Une tâche d'envergure. »

    Partie 6